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Les moquettes ne sont pas des carpettes

27 November 2004 · Pas de commentaire

Les moquettes ne sont pas des carpettes

Billet néo-féministe de Nathalie Collard au sujet des Moquettes dans La Presse du samedi 27 octobre 2004.

*Notez qu’il y a confusion entre Marianne et Marie-Hélène dans le texte.

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La Presse
Actuel, samedi 27 novembre 2004, p. ACTUEL3

BILLET

Les moquettes ne sont pas des carpettes

Collard, Nathalie

Peut-on être à la fois féministe, drôle, pertinente sans être redondante?

C’est la question que je me posais cette semaine en lisant deux nouveaux livres féministes.

Dans The Good Body, le nouveau texte de l’auteure des Monologues du Vagin, Eve Ensler écrit en long et en large sur son ventre flasque, sur son corps vieillissant qu’elle n’accepte toujours pas, sur la dictature de la beauté et de la jeunesse. Elle interviewe des femmes qui lui confient détester leur corps et manquer de confiance en elles. C’est déprimant.

Même s’il est vrai que les femmes ont une attitude carrément débile par rapport à leur corps, on a l’impression d’avoir déjà lu le livre d’Eve Ensler. Comme s’il avait été écrit dans les années 1970.

Même impression en lisant Pour en finir avec la femme, une plaquette rédigée par Valérie Toranian, la rédactrice en chef de l’hebdomadaire Elle, qui nous fait réaliser à quel point les Françaises accusent un sérieux retard en matière de réflexion féministe. Ces livres n’apportent absolument rien de neuf.

La réflexion féministe serait-elle en burn-out?

Heureusement, il y a de l’espoir, ai-je découvert dans un demi-sous-sol de la rue Saint-Denis, au bar L’Escogriffe. C’était la diffusion en direct de l’émission Les Moquettes coquettes, un show radiophonique mensuel de CHOQ FM, la radio de l’Université du Québec à Montréal. Sur leur site Web rose bonbon, les cinq diplômées du bac en communications de l’UQAM se définissent comme des néo-féministes-post-Sex-and-the-City. Allais-je assister à une relecture du Deuxième Sexe sur des airs de musique de band de garage?

Pas du tout. Les Moquettes sont allumées, mignonnes comme tout et surtout, drôle à mourir. Ce ne sont pas les filles spirituelles de Simone de Beauvoir et ce serait un peu exagéré de dire que leur discours est en train de redéfinir le féminisme québécois mais… c’est vrai qu’à leur façon, elles apportent un regard neuf sur la féminité et les rapports hommes-femmes. Et surtout, elles donnent un super bon show.

Tout est dans l’attitude

Ce soir-là, les Moquettes avaient décidé de se la jouer glamour : vêtues de paillettes, de talons hauts et de décolletés plongeants, elles recevaient comme invité Karlof, leader du Karlof Orchestra, groupe de la scène alternative montréalaise reconnu pour son cynisme et sa critique de l’industrie de la musique.

À 18h, l’Escogriffe était déjà plein à craquer. Les cinq Moquettes, disséminées un peu partout dans la salle, amorcent toujours leur émission de la même façon: assises sur les genoux d’un gars choisi au hasard dans l’assistance. Toute la soirée se déroulera d’ailleurs sous le signe de la séduction. L’animatrice, Marianne, jouant à merveille le rôle de la groupie pâmée devant un Karlof macho et légèrement condescendant. Ici, pas de débat sur le partage des tâches ou la discrimination salariale. La critique féministe se fait sur un mode ludique même si les Moquettes ont un code de conduite très strict comme le rappelle, sourire en coin, Valérie Caron: interdit de coucher avec un invité…

Le ton est donné : cynique pour ne pas dire grinçant, avec un humour au troisième degré. Et en prime, une critique des médias pas piquée des vers.

Je ne sais pas ce que ça donne à la radio mais en direct, on rigole beaucoup. Il faut voir ces cinq filles livrer leur chronique à la fois drôles et décapantes avec leur air d’ingénue et leurs minauderies : cours de air guitar avec Évelyne, parodie de leçons de bienséance avec Marie-Hélène et sa chronique Être femme au féminin, la biologie de la groupie avec la désopilante Laurence et le droit de détester son public par Valérie Caron, un billet décapant qui pourrait très bien ouvrir le prochain gala de l’ADISQ…

Le clou de la soirée : Neiges éternelles, un radio-roman d’espionnage drôle à se rouler par terre. L’intrigue : les Moquettes, tels les personnages du dessin animé pour enfants Totally Spies, sont appelées à résoudre l’enlèvement de Lise Watier. Scénarisé par Valérie Caron (une révélation, cette fille!) qui imite à la perfection la papesse du cosmétique québécois, c’est le moment de la soirée qui a soulevé le plus d’enthousiasme.

Bref, ces moquettes sont loin d’être des carpettes. Les textes de leur émission ne se retrouveront peut-être pas sur une tablette de la bibliothèque de l’Institut de recherches féministes de l’UQAM mais leurs propos, justes et caustiques, sont peut-être annonciateurs d’une attitude féministe moins lourde, plus jubilatoire. Du moins, on l’espère.

Les Moquettes coquettes: Valérie Caron, Laurence Desrosiers, Marie-Hélène Taschereau, Evelyne Morin et Marianne Prairie. Leur prochaine émission aura lieu le 30 décembre à l’Escogriffe, rue Saint-Denis.

GÉNÉRIQUE

www.moquettes-coquettes.com

The Good Body
Eve Ensler Éditions Villard

MUSIQUE

Ce billet a été écrit au son de l’album Fuzzy trash pop, l’album de Karlof Orchestra qui était l’invité des Moquettes coquettes cette semaine. www.karlorf.com

Tags: La Presse

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