Article dans La Presse du samedi 23 septembre 2006.
Après avoir reçu de nombreux invités de sexe masculin à leur émission de radio, les Moquettes Coquettes montent toutes seules sur scène, sans homme… mais avec des patios et des animaux en contreplaqué.
Photo François Roy, La Presse
Les Moquettes mur à mur
Marie-Christine Blais
La Presse
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Une pouliche! Il va y avoir une pouliche (en beau contreplaqué…) aux côtés des cinq Moquettes Coquettes, pour leur tout nouveau spectacle, de mardi à jeudi prochains, au théâtre National.
Évidemment, si on n’a aucune idée de ce que sont les Moquettes, on ne comprend pas trop l’idée - sont-ce d’éternelles petites filles, des ados attardées, des écuyères frustrées? Mais si on a déjà écouté leur émission de radio ou assisté à l’enregistrement devant public de ladite émission (les cinq MC en sont les animatrices-intervieweuses-chroniqueures-humoristes-maniaques-de-musique-alternative-québécoise), on comprend mieux la chose: c’est tellement «fèèèmme», une pouliche, que ça s’impose presque quand ton spectacle s’appelle, avec beaucoup d’ironie, Femmes au féminin!
Depuis leurs débuts à la radio étudiante CHOQ.FM de l’Université du Québec à Montréal en 2002, elles en ont fait du chemin, les très sarcastiques Marie-Hélène, Marianne, Évelyne, Laurence et Valérie, toutes âgées de 24, 25 ans. C’est d’abord en se rendant compte qu’elles faisaient de meilleures émissions lorsqu’elles invitaient des formations de la scène locale qu’elles ont créé leur émission-spectacle articulée autour d’un groupe ou d’un artiste invité, habituellement mâle (les Breastfeeders, Pierre Lapointe, Fred Fortin, Dumas, etc.), avec sketches, chroniques et radioromans. On ne l’a pas assez dit, mais les Moquettes, par l’entremise de Marie-Hélène l’intervieweuse, menaient aussi des entrevues fouillées et professionnelles, bien que tordantes.
En 2004, elles ont commencé à enregistrer leur «beau programme» en public, dans des salles de plus en plus grandes (l’Après-Cours à l’UQAM, puis l’Escogriffe, le Cabaret Music-Hall, le National), avec un tel succès qu’elles ont pu, peu à peu, exiger un prix d’entrée. On les a ensuite vues un peu partout, notamment à Tout le monde en parle, à Flash, à Belle et Bum (où Laurence a séduit en chantant à la Vanessa Paradis), à La Presse où elles ont tenu une chronique (Ovaires et contre tous, qui les a menées à collaborer à la dernière campagne de financement pour la lutte contre le cancer des ovaires), etc.
Mais on sait ce que c’est: la «fèèèmme» évolue toujours. Cette fois, les Moquettes montent donc toutes seules sur scène, sans homme… mais avec des patios et des animaux en contreplaqué, grâce au décor conçu par les jeunes designers du collectif Rita (voir www.ritaritarita.com). «On voulait se promener avec le spectacle, ce qui est difficile avec un groupe invité, pour des raisons de disponibilité, explique Marianne (à moins que ce ne soit Valérie?). C’est Évelyne, la Moquette qui tripe particulièrement musique et petits jeux, qui a découvert Rita lors de la dernière Nuit blanche à Montréal: «Ils avaient conçu les Chesseuses à Rita, une installation de sécheuses géantes où on pouvait se réchauffer. C’était génial. Notre décor à nous, on va pouvoir l’adapter à nos humeurs et à la salle. Pis au moins, cette fois, on n’utilisera pas nos propres meubles sur scène!»
Sketches et chansons
Nouveau spectacle, donc, mais pas d’émission de radio? Oh, oh, les Moquettes renâcleraient-elles devant la double tâche? «Non. On a encore une émission de radio (jeudi, 19h, radio communautaire CIBL) avec des musiciens invités et des chroniques, mais c’est un peu plus traditionnel que ce qu’on faisait avant, explique Évelyne. Et sur scène, on va encore avoir de la musique dans notre show, mais ça va être des parodies de genres musicaux qu’on aime vraiment. «On a un numéro plus pop rock à la Malajube ou The Dears, une toune emo, un néo-country à la Mara Tremblay, etc., reprend Laurence, la «wannabe» scientifique du groupe. On ne parodie pas une chanson ou un artiste, mais la scène locale, alterno, émergente, appelle ça comme tu veux. Et comme les musiques sont faites par de vrais artistes (Les Abdigradationnistes, Kumpa-nia, Le Husky, Band de garage, etc.), ça finit par faire de vraies bonnes tounes.» Comme un «hip hop west coast chaste» en réponse à la vague de hip hop plus, euh, explicite …
Outre six chansons, les MC proposeront une quinzaine de sketches. Certains sont tout nouveaux (sur les thèmes de l’endettement étudiant, du mariage lesbien ou des enfants à la garderie, ce dernier inspiré par le livre Le bébé et l’eau du bain, coécrit par la collègue Nathalie Collard et le docteur Jean-François Chicoine; d’autres existaient déjà, mais méritaient d’être vus et revus. Par exemple, la délirante leçon d’aérobie, menée par l’incroyable Valérie, la plus rough de la gang: «Tant qu’il y aura des Québécois qui n’auront pas vu ce numéro, on va le faire», explique Laurence en riant. «En plus, c’est notre seul exercice de la semaine», précise Marianne, l’apôtre de la féminitude absolue.
Elles ne s’en cachent pas, elles ont peur: «Le fait d’avoir des invités nous protégeait, explique Laurence. Comme c’était la première fois qu’ils nous rencontraient, dans un cadre déstabilisant, tout se faisait assez spontanément et on avait droit à l’erreur. Là, on a le devoir d’être tight.» «Et puis, on a peur du mot “humoriste”, ajoute Évelyne. Ce mot-là, pour nous, ça évoque un gars qui fait du stand-up et des jokes sur les relations de couple…» «Alors que nous, conclut Marianne (à moins que ce ne soit Marie-Hélène), on est cinq filles et on parle de toutes sortes d’affaires… et pratiquement pas des relations de couple!» Mais peut-être un peu des relations de pouliche.
Femmes au féminin des Moquettes Coquettes, du 26 au 28 septembre, 20h, au National.

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